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Des Harragas déterminés à rejoindre la terre promise en Europe

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dimanche 3 février 2008, par Yacine


Bravant les dangers de la mer, des centaines de jeunes oranais guettent la moindre occasion pour tromper la vigilance des garde-côtes algériens et s’embarquer clandestinement à destination de l’Europe, qu’ils considèrent comme une terre promise.

Réda, Chakib et huit de leurs compagnons d’infortune ont failli perdre la vie à deux reprises en 2007 à bord d’un frêle esquif au large des côtes oranaises, mais ils se disent prêts à tenter l’aventure une troisième fois pour rejoindre l’Espagne.

On les appelle les "Harragas", littéralement ceux qui "brûlent les frontières". Durant la semaine écoulée, 33 d’entre eux ont été interceptés au large d’Oran (ouest) et six sont portés disparus au large de Annaba (est).

"Je n’ai pas peur de la mer", clame Réda, 27 ans, un soupçon de défi dans la voix. "Je vis avec mes parents et mes deux frères dans un trois pièces, je n’ai pas d’emploi stable, et je n’ai pas le choix", explique-t-il.

Réda et ses camarades ont déjà préparé le matériel nécessaire à leur prochaine traversée : un bateau pneumatique, deux moteurs, un GPS, des gilets de sauvetage et huit jerricans de 30 litres d’essence chacun.

"Nous prendrons aussi des cocktails Molotov pour nous défendre en cas d’attaque en mer", prévient Réda. Coût de l’expédition : plus de 6.000 euros.

"Nous avons cotisé pour acheter ce matériel", affirme Réda, que ses camarades ont désigné "raïs", capitaine. "Je sais utiliser une boussole et éviter la surchauffe du moteur. Mes deux précédentes expériences m’ont appris à naviguer", se vante-t-il.

Encouragés par de bonnes conditions météorologiques, le groupe accélère les préparatifs. Il se réunit chaque soir, guette le mouvement des gendarmes près des plages. Si tout se passe bien, le départ aura lieu dans quelques jours après minuit, prévoit-il. "Il faudra entre 13 heures et 20 heures pour atteindre les côtes espagnoles qui sont à 180 km d’Oran", précise Chakib, 26 ans, diplômé en électronique de l’université d’Oran (430 km à l’ouest d’Alger).

Comme Réda, Chakib rêve de trouver en Europe tout ce qui lui manque à Oran, sa ville natale, où il multiplie les petits boulots. "En Europe, je trouverai du travail, une maison et une femme", espère-t-il.

A Oran, transformée en chantier à ciel ouvert, le quotidien des ces jeunes est difficile, parfois rebutant. Ils boudent le travail sur les chantiers de travaux publics et du bâtiment. Ils estiment les salaires inintéressants et les perspectives d’avenir peu prometteuses.

Les ouvriers gagnent à peine plus que le salaire minimum, 12.000 dinars, (120 € environ). "Avec mon salaire de 14.000 dinars par mois, je ne peux ni acheter un logement, ni me marier", se plaint Chakib. Il rêve d’un emploi dans une exploitation agricole en Espagne, où il espère gagner entre 300 et 400 euros par semaine.

"Dans les années 1990, malgré le terrorisme islamiste, il n’y avait pas autant de boat people qui quittaient l’Algérie. A présent, avec des milliards de dollars dans les caisses de l’Etat, les jeunes veulent tous partir", s’étonne Chakib.

L’Algérie, qui profite de la flambée du prix du pétrole, affichait quelque 100 milliards de dollars de réserves de change et plus de 57 mds de dollars de recettes pétrolières en 2007.

Depuis le début de l’année, des dizaines de clandestins ont embarqué vers l’Espagne à partir des plages d’Oran. Certains sont arrivés à destination, mais d’autres ont péri en mer ou ont été interceptés en mer par la marine algérienne et ramenés au bercail. — AFP



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