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Le peuple berbère, Histoire(s) et origines

Une identité longtemps aliénée

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mardi 2 octobre 2007, par Amel

C’est l’incontournable Ibn Khaldoun qui en a le mieux parlé au XVXe siècle du peuple berbère. Après s’être beaucoup inspiré de six ou sept historiens arabes du siècle précédent et en particulier de Le Bayan et d’El Nouiri, il a été confirmé avec éclat au XXe siècle par le grand historien du Maghreb, E. E Gauthier (2), Celui-ci affirme que les Berbères sont sans rapport avec les Arabes, car ils ont occupé l’Afrique du Nord depuis les temps les plus reculés. Il précise encore qu’il s’agit d’un " vrai peuple ".


Les Berbères ont, au moins, trois particularités. D’abord, leur langue. Selon les Arabes envahisseurs, elle était inintelligible. Lorsque lfriqos, roi du Yémen, aborda l’Afrique du Nord, il s’exclama en les entendant parler " Barbaria ! " (" Quelle confusion ! "). D’où le nom de Berbères qui leur est resté. Ensuite, leurs religions, car ils les ont embrassées toutes : les idoles des païens, puisqu’ils adoraient Gurzil leur dieu de la guerre ; les religions juive, chrétienne et surtout musulmane. " Et la preuve, précise Ibn Khaldoun très pince-sans-rire, c’est qu’ils l’ont apostasiée douze fois... ". Enfin, leur caractère. Ils sont souples et capables d’une prodigieuse adaptation. Si souples, qu’on les accuse souvent d’être versatiles. Ils sont braves, courageux, batailleurs, belliqueux. Si querelleurs qu’ils finissent par manquer d’unité et restent divisés en clans. Afin de mieux les situer encore dans l’histoire de l’Afrique du Nord, il est intéressant de rappeler quelques uns d’entre eux qui se sont illustrés sous les Romains et qui seront objet de nos articles à venir : => Massinissa, au IIIème siècle avant Jésus-Christ fut l’allié de Scipion l’Africain et développa l’agriculture à travers toute l’Afrique du Nord. => Jugurtha, son neveu, au Ile siècle avant J.-C., entra au contraire en rébellion contre Rome. Arrivé dans la capitale, il lança une phrase fameuse " Tout est à vendre ici ". Un affront qui ne lui fut jamais pardonné puisqu’il fut bientôt jeté en prison et étranglé dans sa cellule. => Juba Il, au 1er, siècle après J.-C., protégé de l’empereur Auguste qui le maria à Cléopâtre Séléné, fille de la grande Cléopâtre, devait faire de sa capitale Césarée - notre Cherchell - une belle cité avec une cour humaniste remplie d’artistes grecs. => Saint Augustin, aux IVe et Ve siècles après J.-C., né à Thagaste - notre Souk-Ahras - d’un père berbère et d’une mère chrétienne, trouva la foi à Milan, devint évêque d’Hippone (Bône), réduisit le schisme donatiste et nous a laissé ses Confessions et La Cité de Dieu qui résonnent encore haut et fort à travers toute la chrétienté. Intégrés durant près de sept siècles à la civilisation romaine, les Berbères reprirent leur indépendance sous l’occupation des Vandales aux Ve et Vlle siècles. À l’arrivée des Arabes, la Berbérie devint le Maghreb, ou mieux, comme le rappelle Jean Servier, "Djezirat el Maghreb", l’île du couchant, baignée de trois côtés par la Méditerranée et l’Océan, et au sud par le Sahara. On y distingue alors, d’est en ouest, quatre royaumes : - L’lfriqya - actuelle Tunisie - avec Gabès et l’île de Djerba au sud et Carthage au nord, redevenue la deuxième cité de la Méditerranée. - La Numidie - notre Constantinois - avec Hippone (Bône) et Cirta (Constantine) au nord et le massif de l’Aurès au sud. - La Maurétanie césaréenne - notre Algérois et notre Oranie - avec Césarée (Cherchell) au nord, Taugzut (Tiaret) où Ibn Khaldoun écrivit ses livres, Laghouat et Ghardaïa au sud. - La Maurétanie Tingitane - actuel Maroc - avec pour capitale Tanger. En ce temps-là, le climat était tempéré et le pays fertile. " De Tripoli jusqu’à Tanger, nous dit Ibn Khaldoun, il n’était qu’un seul bocage et une succession continuelle de villages. L’invasion arabe survint au VIle siècle. Successeurs du prophète, les Califes arabes qui règnent à Bagdad prêchent " la Guerre Sainte " sur les rives sud de la Méditerranée. Grâce à leurs émirs dont la capitale est Kairouan, ville sainte et fortifiée, ils vont porter la parole du messager de Dieu sur ces terres lointaines ou plutôt, comme le dit Ibn Khaldoun, se comporter en pillards et lancer des razzias sauvages. Face à l’invasion arabe, la résistance se cantonnera surtout dans les montagnes, dans les Kabylies au nord, dans l’Aurès au sud. Aujourd’hui, ces peuples d’origine berbère se répartissent sur près de cinq millions de kilomètres carrés — depuis le Maroc jusqu’à l’Ouest de l’Égypte (’Siwa) — en différents groupes de culture et de langue commune (le berbère ou tamazight), quoique déclinée en dialectes locaux. En Algérie, la culture berbère continue à survivre surtout dans les Aurès (chaouis), au m’zab (les mozabites), en Kabylie (grande et petite Kabylie) et dans le désert (les touaregs).

Un Libyen peint sur la tombe de Séthi I