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Pourquoi nous avons boycotté le Salon du livre de Paris.

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lundi 10 mars 2008, par Yacine

Les uns après les autres, les pays arabes annoncent leur intention de boycotter le Salon du livre de Paris en raison de la présence d’Israël comme invité d’honneur de la manifestation, qui se tiendra du 13 au 19 mars. L’Algérie ne fait pas exception, le quotidien El Watan en explique les raisons.


En décidant de boycotter le Salon du livre de Paris, qui honore Israël, les écrivains et éditeurs algériens ont pris leur responsabilité. Nul ne leur en a fait injonction, hormis le devoir de conscience qui les amène à se démarquer d’une célébration d’Israël qui est en même temps un déni des Palestiniens. Les Algériens ne sont pas seuls dans ce cas de figure, puisque leurs homologues marocains, tunisiens et libanais ont également décidé de boycotter le Salon du livre de Paris.

Ils ne pouvaient, d’ailleurs, pas faire moins que les intellectuels israéliens qui ont refusé de prendre part à cette manifestation qui fait pourtant l’exégèse de l’Etat hébreu. Chacun pourtant est libre d’y aller, et c’est le cas de rares écrivains algériens qui, comme Boualem Sansal et Maïssa Bey, ont affirmé leur détermination à y participer. Cette dernière a pu arguer, dans une déclaration à un quotidien français, qu’elle y allait en tant qu’écrivain et non pas comme citoyenne algérienne, s’étonnant au passage de la confusion entre l’un et l’autre.

La nuance peut, en effet, être faite et chacun pourrait y adhérer si cette présence ne légitimait pas un salon du livre qui fête les soixante ans d’un Etat qui, aujourd’hui, tue des nourrissons palestiniens dans leur berceau. Aucune pensée généreuse ne peut dédouaner Israël de semblables crimes : le sang des victimes tombées quotidiennement à Gaza éclabousse plus que symboliquement le salon parisien du livre. Même en occultant sa citoyenneté, un écrivain – quel qu’il soit – ne peut pas détourner les yeux du spectacle de la tragédie palestinienne et choisir la commodité d’une cécité de circonstance.

Le philosophe Jean-Paul Sartre s’était déclaré prêt à prendre les armes pour aider à la libération du peuple algérien : sa citoyenneté française n’en était pas pour autant dissoute. Le refus de la chaise vide peut se comprendre, mais ce n’est pas le Salon du livre de Paris qui va infléchir le sort du durable conflit israélo-palestinien. Les organisateurs de la manifestation sont, par contre, comptables d’un évident parti pris en privilégiant Israël au détriment de la Palestine. Aller au Salon de Paris dans de telles conditions, même à titre individuel et en avançant toutes les justifications, équivaut à valider le plus fort contre le plus faible.

Honorer Israël, comme le fait le Salon de Paris, signifie accorder une prime à la force brutale, et cela implique une atteinte à la morale que même des écrivains israéliens ont nettement perçue. Mais il faut prendre acte de la décision de Mme Maïssa Bey, dont le talent se suffit à lui-même : l’écrivain peut ne pas être un citoyen de son pays. Parce qu’il est aussi un citoyen du monde et que cette qualité l’oblige à une lucidité supérieure qui transcende le commun des mortels. La plus élémentaire des règles de solidarité serait, au moment où des dizaines de Palestiniens meurent violemment, de ne pas donner des gages à un Etat qui, de surcroît, les tue en toute impunité. Le reste pourrait être – si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes – de la littérature.

Amine Lotfi El Watan


1 Message

  • Salut,

    je viens de rentrer d’un voyage, je n’étais pas au courant de ce qui a pu arriver en ces quelques journées, mais c dommage que maissa bey, une auteure que j’apprécie énormément, ait pris cette décision. L’écrivain ne pourra jamais avoir un statut en dehors de celui de citoyen et être humain...ce qui arrive en Palestine, même la pierre en sera touchée. L’état hébreux est un pays au dit de toutes les nations, qu’on le veuille ou pas, mais ce que fait cet état à un peuple qui n’a pas de quoi se protéger, et même s’il l’a, ce n’est jamais à arme égal, donc nier tout cela et faire comme rien ne se passe dans ce pays qui a trop souffert, c’est nier une partie de l’humain en nous !! Que Dieu leur soit en aide inchallah !!

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